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Réflexions 40 ans ASDER - Nécessité et envie

  • Rubrique Pêle-mêle ! 

Un pêle-mêle c’est sympa, il y a plein à regarder, c’est facile à faire et ça peut permettre d’identifier quelques pépites, qu’on recadrera, retravaillera pour en sortir la photo géniale !

Cette nouvelle rubrique est un pêle-mêle d’idées, qui s’étoffera au fil du temps. Servez-vous, en citant vos sources, merci ! 

Les 40 ans de l’ASDER c’était là : https://www.asder.asso.fr/table-ronde/

Nous avons, avec nos invités, exploré la question de la transition écologique, pour « passer de la nécessité à l’envie d’agir ». Les réflexions que cela m’inspire, suite à l’échange de la conférence ASDER, pour la transition énergétique et écologique, c’est juste ici, ci-dessous ! Le titre de l’échange, de la nécessité à l’envie d’agir, est paradoxal. Dans le terme nécessité on perçoit du négatif, de la contrainte, alors qu’avec le terme envie on cherche de l’adhésion, de la dynamique.

Or la nécessité peut être source de créativité, je n’en prendrais que deux exemples, en architecture, on ne crée pas sans contrainte, par exemple les architectes grecs antiques devaient poser le même temple partout nonobstant le terrain, ou que dire des sonnets, ou des haïkus, c’est plus mode, les haïkus, ces poèmes en 17 mots ? Nous sommes dans une société consumériste, une société de publicitaires, où nos comportements sont réduits à des pulsions d’envie. Faut-il utiliser ces outils pour la transition écologique ? Ou faut-il s’adresser à la part raisonnable et raisonnante de chacun ? Car s’il y a urgence de réussir la transition écologique, cela peut-il justifier tous les moyens pour y parvenir ?

Par ailleurs, nous avons collectivement progressé sur la voie de la transition écologique, mais en avons-nous conscience ? Un bel exemple c’est celui des étiquettes énergie, qui ont permis aux réfrigérateurs et congélateurs de tant s’améliorer : un réfrigérateur vendu en 2020 consomme 75% d’énergie de moins qu’un réfrigérateur conçu dans les années 1990. Malheureusement, entre temps, l’explosion du numérique a mangé tous les gains d’économie d’énergie et la consommation du numérique n’est pas régulée, mais comme on ne vit pas, dans notre pays, sans éclairage, sans frigo, peut-on vivre sans numérique ? De même, 40% de la population française est couverte par le label Cit’ergie (https://citergie.ademe.fr), qui mesure les performances climat air énergie des collectivités, mesure vertueuse qui leur permet de s’améliorer, les indicateurs le prouvent. Mais combien de français le savent ?

Le sujet interrogeait aussi l’écart entre ce qu’on pense, ce qu’on sait et ce qu’on fait. On trouve là la notion de dissonance cognitive. Comment faire pour que notre engagement dans la transition énergétique et écologique ne soit pas rangé avec nos autres bonnes résolutions ? 5 fruits et légumes par jour, arrêter le tabac, le chocolat, les chutes, en crevasse, à ski, en vélo, tenir les bonnes résolutions du 1erjanvier, je vous laisse continuer la liste... 

Nous avons échangé aussi autour de la coopération : je notais en préparant pour l’ASDER, sur la coopération, qu’on coopère pour bénéficier de la diversité des points de vue, des compétences, de la démultiplication de la force de frappe. La coopération bouscule nos rapports aux autres, nous incite à redéfinir différemment les modes de prise de décision et la gestion du pouvoir. Elle nous permet de sortir des postures conflictuelles stériles. En ce sens, elle rejoint la non-violence.

C’est ce que j’ai proposé à l’ASDER, en tant que présidente, en particulier pour la gouvernance et que nous avons mis en place. Tant en interne, avec la montée pour un an de trois salariés tirés au sort au comité stratégique, que dans les relations avec les partenaires et avec les collectivités, avec trois collèges au conseil d’administration. Cette coopération n’est possible que si nous savons l’imaginer, si nous pouvons décoloniser notre imaginaire et en inventer un autre. Sans doute que cela nous demande de chercher, dans d’autres cultures et dans d’autres circonstances, des modèles autres que ceux que nous connaissons. Et des ressources que nous ne soupçonnons même pas avoir. Mais que nous avons. Pour moi, les plus inspirantes sont celles des indiens Guayaki, avec leur chef qui n’a qu’un rôle représentatif (voir Chroniques des indiens Guayakide Pierre Clastres) ou des Inuits, avec leur mode de fonctionnement anarcho-communaliste (voir Les derniers rois de Thulé, de Jean Malaurie). Evidemment, nous n’avons pas leur contexte et nous devons inventer encore d’autres solutions que les leurs.

Une des solutions est sans doute l’action : l’action est convaincante, l’action est motivante, l’action est contagieuse (pour une fois qu’une contagion a du bon !). C’est en tout cas ce que je peux constater par mes propres actions et leurs répercussions. Inutile ensuite de tomber dans la théorie des petits pas de Gramsci, cela ne suffira pas à faire la transition écologique, mais cela y contribue, en montrant que d’autres choix sont possibles, en permettant à nos imaginaires d’évoluer. Comme y contribuent tous les nouveaux outils Internet.

Mais cela ne suffit pas. Nous avons besoin de changement structurel. Cela fait depuis le débat national Energie et environnement de 1994, dit couramment « débat Souviron », que des propositions ont été faites pour réorienter la fiscalité : passer d’une fiscalité sur l’emploi à une fiscalité sur l’économie. Nous en voyons des bribes, avec les quotas carbone par exemple. Mais c’est nettement insuffisant. Pour protéger à la fois les emplois et l’environnement, nous devons faire évoluer la fiscalité actuelle, qui pèse sur les emplois et la réorienter sur l’environnement, pour améliorer sa protection, voire le restaurer. Nous n’avons pas pu détailler cette piste lors de la conférence, j’espère pouvoir y revenir rapidement. Sans doute aussi est-il temps que la réglementation, qui joue un rôle de voiture balai, comporte aussi la possibilité d’aller plus vite, d’être plus exigeant, et que cela soit valorisé, par des dotations budgétaires accrues, comme cela se fait par exemple en Suisse et au Luxembourg. Les distinctions comme les labels (revoilà Cit’ergie !) permettent d’innover, de tester, ce qui ensuite peut devenir la norme.

Le débat a fait ressortir, merci Isabelle Autissier pour cet apport, que le chemin de la transition est d’un côté urgent mais aussi qu’il nous demandera du temps, car il faudra se former à la transition, par exemple à la construction passive. J’ai aussi pu rappeler l’intérêt du scénario négawatt (https://negawatt.org), qui évite, à l’inverse d’autres scénarios, d’aller de Charybde en Scylla, qui évite et les atteintes liées aux gaz à effet de serre et les atteintes liées au nucléaire, en particulier sur notre santé et sur notre patrimoine génétique.

Sans doute aussi la transition énergétique et écologique sera-t-elle parfois comme une course dans les quarantièmes rugissants ou les cinquantièmes hurlants, ou pour moi qui suis plus familière de la montagne, comme une course en montagne où il faut bien rentrer à la maison, même si le temps est franchement mauvais, où il faut libérer la corde coincée, sortir de la crevasse où on est tombé, se relever blessé, parce qu’on ne va pas s’arrêter là, au milieu du chemin, parce que la transition a besoin de chacun de nous. Alors, oui, il est maintenant urgent de faire, de poser un premier engagement pour la transition, avec les autres. Chacun à son niveau, par des petits pas contagieux et par des changements structurels.

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